Un café avec...Jean-François Noël
- 2 avr.
- 5 min de lecture

Pour cette édition de Un café avec…, nous vous présentons Jean‑François, foreur sur le chantier de Pie‑IX. Arrivé sur le projet dès octobre 2024 avec les premières équipes, il cumule plus de 20 ans d’expérience en forage sur de grands chantiers au Québec et ailleurs au Canada.
Rencontre avec un homme de métier passionné pour qui le travail bien fait, l’équipe et la transmission des connaissances occupent une place centrale.
Depuis quand travailles-tu sur le chantier de Pie‑IX? | |||
Jean‑François est arrivé sur le projet à ses débuts, alors que tout était encore à mettre en place. « Quand on est arrivés, il n’y avait même pas encore de clôture. On faisait partie des premiers sur le terrain. » Avant Pie‑IX, il a notamment travaillé au tunnel Mont‑Royal (REM), suivant les équipes avec lesquelles il collabore depuis de nombreuses années. « J’ai déjà changé de compagnies dans ma carrière, mais je n’ai jamais vraiment changé d’équipe. » | |||
Ton parcours est profondément lié au forage. Comment tout a commencé? | |||
Jean François débute sa carrière comme manœuvre au début des années 2000. Après plusieurs années sur le terrain, il suit un DEP en forage et dynamitage. Rapidement, il comprend toutefois que le dynamitage n’est pas pour lui. « C’était stressant. Je suis quelqu’un d’un peu anxieux de nature. Je ne dormais plus. Le forage, ça me permettait de me poser, de réfléchir, d’être précis. » Il fait alors un choix déterminant : se consacrer exclusivement au forage, sans renouveler ses cartes de dynamiteur : un pari qu’il ne regrettera jamais. « Je n’ai jamais manqué de travail. Depuis 2006, je n’ai jamais été sur le chômage. » | |||
Concrètement, en quoi consiste ton métier de foreur en tunnel? | |||
Sur le chantier de Pie‑IX, Jean‑François opère un jumbo, une foreuse utilisée pour percer horizontalement le roc afin d’installer les boulons d’ancrage qui consolident le plafond du tunnel. « L’excavation se fait en avant, mais nous, on travaille surtout au plafond. On vient consolider le tunnel pour que les autres étapes puissent suivre en toute sécurité. » Chaque trou doit être précis. Le forage s’inscrit dans un cycle rigoureux où aucune étape ne peut être improvisée. « Si le forage est bien fait, tout le reste se place. Sinon, les problèmes arrivent plus tard. » | |||
Peux-tu nous expliquer en quelques mots comment fonctionne le forage? | |||
Jean‑François aime parler de son métier. « La machine utilise un marteau qui tourne et cogne en même temps. Au bout, il y a un trépan monté sur un acier. L’impact combiné casse le roc. » Les paramètres changent selon le contexte : diamètre des trous, type de roc, environnement souterrain ou extérieur. « En tunnel, on parle en millimètres. À l’extérieur, c’est en pouces. C’est le même principe, mais pas le même monde. » | |||
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On sent une relation très forte entre toi et ta machine. | |||
Jean‑François acquiesce. « Un homme et sa machine. Si tu sais la faire travailler, elle va travailler pour toi. » L’entretien de l’équipement fait partie intégrante de son travail. « J’aime que ma machine soit impeccable. Je participe à l’entretien, je travaille avec les mécanos. Une machine bien entretenue, c’est plus sécuritaire et plus performant. » | |||
Même si le forage peut paraître solitaire, tu parles beaucoup d’équipe. | |||
Parce que le forage est avant tout un travail collectif. « Je suis seul sur la machine, mais jamais tout seul. Il faut au moins trois personnes autour pour que ça fonctionne. Si la communication ne passe pas, il n’y a pas de production. » Sur le chantier de Pie‑IX, Jean‑François est le plus âgé de son équipe. Il a naturellement pris un rôle de référence, un peu comme un grand frère. « Il y avait des gars qui n’avaient jamais travaillé autour d’une foreuse. On leur a montré, tranquillement, au fil de l’avancement du tunnel. » | |||
Y a‑t‑il eu des mentors marquants dans ton parcours? | |||
Oui. Un en particulier. « Réal Dupont. C’est lui qui m’a appris les jumbos et le travail en tunnel. Un gars patient, respectueux. Je suis vraiment reconnaissant d’avoir appris avec lui. » Jean‑François observe beaucoup. « Je parle peu, mais je regarde beaucoup. J’ai appris comme ça. » | |||
La santé et la sécurité semblent non négociables pour toi. | |||
Elles font partie intégrante de son quotidien. « Quand tu travailles avec des équipements lourds, tu dois toujours savoir où sont les mains des autres. La communication visuelle, c’est la base. » Marqué par un accident survenu plus tôt dans sa carrière, il demeure extrêmement vigilant. « Tu passes plus de temps avec tes collègues qu’avec ta famille. Tu ne veux jamais voir quelqu’un se blesser. » | |||
Ton rythme de vie est très exigeant. Comment le vis-tu? | |||
Jean‑François se lève très tôt et passe de longues journées au chantier. « Je pars souvent plus de 16 heures par jour. Ce n’est pas une vie pour tout le monde. » La conciliation travail‑famille a été un défi dans sa vie, notamment avec son fils. « Aujourd’hui, je suis plus présent, même si mon horaire reste chargé. » Son entourage lui dit parfois qu’il travaille trop. « Pour eux, je n’ai pas de vie. Pour moi, j’en ai une. Elle est juste différente. » | |||
Qu’est-ce qui te motive encore à te lever chaque matin? | |||
Jean‑François est honnête. « Mon gagne-pain oui. Mais surtout l’équipe. J’ai probablement la meilleure gang que j’ai eue depuis longtemps. » Il souligne aussi la stabilité qu’offre un projet d’envergure. « Savoir que tu as de l’ouvrage pour longtemps, c’est rassurant. » | |||
Et en dehors du travail, qu’est-ce qui te passionne? | |||
La moto occupe une place importante dans sa vie. « Je fais de la moto de route et de course. J’aime aussi la mécanique. » Il aime demeurer actif, bouger, se dépasser, toujours avec la même intensité que sur le chantier. | |||
Quel regard portes-tu sur le projet de la ligne bleue? | |||
Beaucoup de fierté. « Quand je vais être à la retraite, je vais pouvoir dire que j’ai participé à la ligne bleue, au REM, à la Baie‑James. J’ai été sur beaucoup de grands projets. » Il apprécie aussi la structure des grands chantiers. « Pour quelqu’un d’un peu stressé comme moi, c’est rassurant. Tout est planifié. » | |||
Tu approches tranquillement la fin de carrière? | |||
La réflexion est bien entamée. « La retraite, peut‑être dans quatre ans. Peut‑être un dernier projet. » Mais la passion est encore bien présente. « J’aime trop ma job et ma gang pour arrêter demain. » | |||
Un conseil que tu donnerais à quelqu’un qui veut devenir foreur? | |||
Jean‑François répond sans hésiter. « Sois patient. Quand ça ne va pas bien, arrête. Prends le temps de réfléchir avant de t’acharner sur la machine. » | |||
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Un message pour tes collègues? | |||
Un message simple, mais fort. « Soyez passionnés dans ce que vous faites. Travailler uniquement pour l’argent, ça use. Quand tu travailles avec passion, ça se reflète partout. | |||
En rafale | |||
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En terminant, un grand merci à Jean‑François pour ce témoignage généreux et profondément humain.
Son expertise, sa passion du métier et sa volonté de transmettre son savoir font de lui une figure incontournable du chantier de Pie‑IX.








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